Bakonirina Rakotomamonjy : La terre à la reconquête de l'architecture

Un programme UNESCO pour l'architecture de terre

En 2007, le Comité du patrimoine mondial a approuvé le lancement du Programme intégré du patrimoine mondial pour l'architecture de terre (WHEAP, 2007-2017).Ce programme vise l’amélioration de l’état de conservation et de gestion des sites architecturaux en terre à travers le monde qui représentent 20 % des biens culturels et mixtes inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, dont la terre crue est un des éléments constitutifs.

Le programme cherche à accroître la reconnaissance de l'architecture de terre et à créer un réseau mondial actif pour l'échange d'informations et d’expériences. La phase préparatoire du WHEAP, achevée en 2008, a été suivie de trois phases, chacune se concentrant sur deux régions du monde : la phase 2 (2009-2011) se concentre sur l’Afrique et les Etats arabes, la phase 3 (2012-2014) sur l’Amérique latine et l’Asie centrale et la phase 4 (2015-2017) sur l’Europe et l’Asie.

Des projets pilotes menés sur des sites en terre permettent d'identifier les meilleures pratiques de conservation, de développement des techniques et d'amélioration des savoir-faire. Leurs résultats sont diffusés afin d'aider à la définition des lignes directrices et à l'amélioration des politiques de conservation.

Le WHEAP est mis en œuvre avec l’expertise du Centre international de la construction en terre (CRAterre), qui œuvre depuis 1979 à la reconnaissance du matériau terre et poursuit trois objectifs : mieux utiliser les ressources locales, humaines et naturelles, améliorer l'habitat et les conditions de vie et valoriser la diversité culturelle. Le programme implique également l’assistance technique des principales institutions internationales de conservation : le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), ainsi que des institutions régionales l’Ecole du Patrimoine Africain (EPA, Bénin), le Centre pour le développement du patrimoine en Afrique (CHDA, Kenya), le Centre de restauration et de conservation de l'architecture de terre (CERKAS, Maroc) et l'Université d'Udine (Italie).Dans le cadre des activités, le programme cherche une coopération et des partenariats avec d'autres institutions spécialisées ainsi qu’avec des autorités gouvernementales nationales et locales.

L’ensemble des activités du WHEAP sont développées grâce au soutien financier accordé par le Comité du patrimoine mondial par l'intermédiaire du Fonds du patrimoine mondial, et aux autres appuis tels que le compte spécial UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel de l'Egypte, l'Accord de coopération Convention France-UNESCO, le fonds-en-dépôt italien, le fonds-en-dépôt espagnol et le Centre pour la culture et la recherche Shaikh Ebrahim Mohammad Al-Kalifa / ARCAPITA Bank B.S.C du Bahreïn, etc.

Un des résultats les plus importants du programme est l’inventaire précis des biens construits en terre inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, élaboré par l’UNESCO et CRAterre en 2012, il a permis, selon Thierry Joffroy et David Gandreau, les deux auteurs principaux, de collecter des données clés pour « planifier et mettre en œuvre des activités qui prennent en compte des problématiques communes de gestion et de conservation auxquelles doivent faire face les gestionnaires de biens, tout en les alertant sur la nécessité de contextualiser et d’adapter les orientations à la grande diversité des patrimoines en terre, et donc d’engager à adopter non pas des recettes, mais des approches méthodologiques ».

Au titre des projets pilotes phares du WHEAP nous pouvons citer l’étude sur les bâtiments traditionnels en terre pour la conservation durable des Eglises troglodyte de Lalibela en Ethiopie; le projet de réglementation de la construction pour les villes anciennes de Djenné et de Tombouctou au Mali avec la publication de spécifications techniques illustrées ; et le projet d’appui aux habitants à conservation de la ville historique de Cuenca en Equateur.

En réponse à l’actualité, le WHEAP a aussi été le cadre d’une des actions les plus emblématiques de l’UNESCO de ces dernières années, celle de la reconstruction des mausolées de Tombouctou suite aux destructions perpétuées en 2012 par des groupes armés qui occupaient la région. Les nombreuses recherches et investigations menées à partir de 2013 , associées aux efforts menés par la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) ont été clés pour préparer puis mettre en place le programme de reconstruction des mausolées, et ce dans un cadre global, holistique, celui posé dans le cadre du plan d'action de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel du Mali, adopté en février 2013 par le gouvernement du mali avec l’ensemble de ses partenaires.

Reconstruction des mausolées à Tombouctou, Mali, 2015.